01/05/2001 - Tête d'affiche : Gildas Arzel
Belle gueule, bonne plume et musicos doué, le Breton humaniste publie son quatrième album. Et en profite pour râler un peu.

Auteur-compositeur du tubesque "Mourir les sirènes" qui illumina l'été 1986, le guitariste-chanteur du groupe breton Canada revient sur le devant de la scène avec "Autour de nous", son quatrième album. Le plus mature aussi.
"C'est le disque confie-t-il, d'un père de 40 ans qui veut contribuer à ce qu'il souhaite comme évolution dans notre monde. Je demande que l'on ne salope pas mes éléments, l'eau, l'air... Je ne le fais pas, alors ne le faites pas". Déjà plus de quinze ans que Gildas sévit dans la musique. Et il a tout vécu. "J'ai longtemps habité des pays très pauvres et je préfère galérer en France. Ici, on peut ne pas mourir de faim car on peut voler. Il existe des endroits où l'on ne peut même pas voler car il n'y a rien". Une distance qui l'a souvent aidé à maintenir le cap sans jamais se prendre au sérieux. "Les deux premiers opus, en 1991 et 1994, ne sont que des maquettes sorties chez EMI (rires). Aujourd'hui, en tournée, nous dormons dans des hôtels dignes de ce nom, nous voyageons dans des tours bus confortables..."
Après un troisième disque éponyme, une sorte de best of des deux premiers sorti en 1997, Gildas s'est jeté cette fois à l'eau tout seul. Artiste discret et difficilement classable, il poursuit sa route sans compromission. Et achète - sans regret - sa liberté artistique en composant pour des stars telles que Yannick Noah, Johnny Hallyday, Roch Voisine et autres. "Je déteste ruiner tel ou tel artiste en prétendant que ce qu'il chante est de la merde. Je préfère me mettre au travail et essayer de faire quelque chose de mieux." Dès qu'on lui demande les raisons de son absence médiatique, il répond sans détour : "Nous sommes dans un monde qui ne prend aucun risque, du moins commercial. Il reste très peu de place pour ceux qui sortent des chansons avec des semblants de textes intelligents et légèrement non consensuels. En clair, il vaut mieux être une jeune blonde à forte poitrine pour se voir propulser dans les médias..." Artiste engagé, intègre et fier de ses origines, Gildas refuse néanmoins l'étiquette de porte-parole de la Bretagne. Notamment à cause du racisme rampant existant dans cette belle province.
Enfin, lui qui vit en province pour fuir pollution et embouteillages, ce grand gaillard qui préfère de loin la nature, la liberté et la sincérité ne manque ni d'amis dans le show bizz, ni de répartie quand on lui demande pourquoi il boude les soirées privées qui l'aideraient peut-être dans sa carrière : "La plupart des gens veulent y être invité pour avoir la coquetterie de refuser l'invitation. Je préfère que l'on ne m'invite pas, cela m'évite d'être grossier".

Auteur : Carlos Sancho
Génération Live N° 38

 
01/05/2001 - Gildas Arzel - Autour de nous
Gildas Arzel - Autour de nous
Auteur, compositeur, interprète, guitariste, arrangeur, Gildas Arzel a beaucoup écrit pour les grands de la chanson française. Son album, pratiquement fait maison, transcrit plutôt bien les sentiments qui animent ce gaillard. Jean-Félix Lalanne joue de la guitare acoustique et signe l'arrangement sur un titre. L'ambiance générale de l'album tourne autour de chansons bien construites, à base de guitares acoustiques bien assises, sur des rythmiques à tendance rock. Gildas fait rêver, avec des paroles qui véhiculent des sentiments immuables. Les refrains évidents, chargés d'une certaine fraîcheur provinciale, peuvent accrocher un public francophone. Les guitares, jouées avec un goût certain, mettent en valeur différentes sonorités, particulièrement appréciables, comme cette guitare-sitar dans Jusque-là.

Auteur : Patrick Diestsch
Guitare Magazine N° 225

 
01/05/2001 - Gildas Arzel - Autour de nous
D'origine bretonne, Gildas Arzel est un homme de conviction. Il connaît assurément bien la chanson française, sur fond de rock. Le son est orienté acoustique, avec des touches de guitares électriques et d'instruments folkloriques traditionnels. Les textes expriment des sentiments où la tendresse est encore présente. Un amour de la terre et des observations intérieures à caractère poétique.

Tu pars donc en tournée pour promouvoir ton nouvel album, "Autour de nous" ?
Oui. On sera quatre sur scène : basse, batterie, deux guitares. On a réduit. Il n'y a plus de cornemuse, ni les petits trucs rigolos : violon, mandoloncelle...

Tu composes, tu écris les textes et tu les interprètes. On note qu'il y a beaucoup de choeurs sur ton album, que tu as pratiquement tous enregistrés toi-même. Tu joues également les guitares et des instruments divers, sans oublier la programmation. Tu as le contrôle total de ta production !
Oui. Je l'ai toujours eu d'ailleurs !

Tu as donc l'habitude du studio ?
Bien sûr ! Entre les trucs que je fais pour moi et ceux que je fais pour les autres...

Qui par exemple ?
J'écris plein de chansons pour des gens comme Michael Jones, Carole Fredericks, Roch Voisine, Florent Pagny, Nanette Workman, Johnny Hallyday, Johnny, Goldman, et là on vient de faire Yannick Noah et l'album "Excalibur".

Tu t'occupes également de la prise de son ?
On a fait les maquettes de l'album à la maison avec Christophe Battaglia, à deux. A la base, j'ai un système 16 pistes. Comme c'est une 02R, on est en digital. Il y avait des guitares enregistrées que je ne pensais pas garder, mais quand on a essayé de les refaire avec 2 micros en stéréo, c'était moins bien ! En fin de compte, je pense que le plus grand égaliseur, c'est le tabouret ! Tu mets un Audio Technica, pas nécessairement un Neuman, et en fait, je fais : "tontontatatintin!", jusqu'à ce que dans mon casque, je trouve ça bien.

Il y a effectivement des sons d'acoustique intéressants. Tu joues également les solos ?
Il y a juste quelques interventions d'un garçon qui s'appelle Cyril Tarquigny, qui aime bien faire des guitares à la Sonny Landreth. Comme je voulais avoir moins de synthé, il a fait quelques petites ambiances sur un ou deux morceaux. Mais c'est parce qu'il était là quoi ! Il me disait : "Pourquoi tu fais pas ça avec ça ? Tu prends le bottleneck, tu joues des trucs..." Finalement, je lui ai répondu : "Puisque t'es là, t'as qu'à les faire !"

On sent à travers tes textes un parfum de campagne, un certain recul sur les choses ?
Je ne pense pas que l'homme soit fait pour être seul. Mais je ne pense pas non plus qu'il soit fait pour être entouré de dix millions de menaces. La preuve ce matin : je me suis pris les embouteillages... Y'a des mecs qui m'ont fait des queues de poisson, des bras d'honneur parce que j'hésitais sur le trajet! Quand je suis à la campagne, on ne fait pas ça. On te dit "Salut!". Je ne pense pas que ces gens soient plus méchants ou plus agressifs. Simplement, ils sont dans un contexte particulier qui n'est pas normal. Les gens s'agglutinent dans les villes, mais ils n'en ont pas vraiment besoin. On a aussi besoin de plombier à la campagne!

D'où tires-tu ton inspiration ?
L'inspiration vient de constats que je fais, qui ne sont pas du tout ésotériques ou mystiques pour moi. Je parle des éléments naturels... On a besoin de l'air, de la mer, de la terre, et si on salope ça, on est mal!

Auteur : Patrick Dietsch
Guitare Magazine N° 225

 
01/03/2001 - Gildas Arzel : guitare maniac
Méconnu célèbre, le guitariste chanteur a pourtant une belle carte de visite dont les lettres d'or affichent Canada, Johnny Hallyday, Goldman (accompagnateur par plaisir sur sa dernière tournée), Excalibur et bien d'autres pépites. Pour nous, les plus précieuses sont les cordes rutilantes qui embellissent son quatrième album solo, Autour de nous.


Ton nouvel album ne dément pas le sentiment de naturel que dégage ta musique, d'évolution dans la continuité, tu es insensible aux modes ?
Je ne ressens pas le besoin de faire un truc radicalement différent, parce que je n'ai pas l'impression d'avoir été au bout de ma démarche. Le contraire m'obligerait à un travail intellectuel - j'ai fait cela pendant des années, je vais me diriger vers ceci - que je n'aime pas. Je préfère laisser venir ce qui est en moi, si cela me paraît bien je continue, sinon, j'abandonne. Je ne contrarie pas. Je fais de la musique en ayant grandi avec des choses différentes, naturelles pour moi, mais pas évidentes côté étiquettes...


On pourrait dire folk-rock populaire...
J'ai toujours aimé la musique populaire, j'adorerais que Sonny Landreth soit en tête des hits, mais ce n'est pas la culture d'ici. Mon groupe préféré reste Creedence Clearwater Revival et leurs morceaux de deux minutes qu'on peut siffler dans la salle de bain. Alors pourquoi ne pas écrire pour Rock Voisine ou Johnny, c'est aussi de la musique pop. Cela brouille un peu plus mon image parce qu'ici tout est cloisonné, mais depuis Canada, je m'y suis habitué. Quand on s'est retrouvé au Top 50, j'avais déjà 26 ans et NRJ Bordeaux en play-back, c'etait pas notre truc. Il faudrait que j'explique tout cela aux gens, mais finalement, ils n'ont qu'à s'acheter des oreilles.


Quelle différence fais-tu entre ce que tu composes pour les autres et toi ?
Il n'y en a pas tellement. Quand on travaille en équipe, on se répartit parfois un semblant de cahier des charges. "Toi qui sait le faire, compose un ou deux Les portes du pénitencier IV le retour". Mais la plupart du temps, même en démarrant là-dessus, l'inspiration te bouscule et tu ramènes une chanson qui n'a rien à voir. Et puis les interprètes te surprennent souvent. Noah, par exemple,qui chante mieux que je ne joue au tennis et qui s'est entouré d'un super groupe Zen zen. De toutes façon, la méthode reste la même, pour moi ou pour les autres. Je compose surtout à la guitare, parfois avec des nappes de clavier qui m'inspirent des harmonies, des mélodies que je repasse sur le manche à un tempo légèrement au dessus du Pink Floyd. J'adore essayer d'être malin : Do, Mi, Fa, et le renversement qui tue. A la façon de Sting, le roi du truc, il part sur des bases rassurantes, "Every Breath Your Take" fait sur les accords de Daniela et de 400 000 autres chansons, avant de balancer sur un Fa comme tu n'en a jamais entendu et te promener.


Ton utilisation des open-tunings relèvent de la même démarche ?
J'aime beaucoup, ils t'amènent dans leur monde, à condition d'en comprendre le principe : mettre le moins de doigts possibles. Il faut laisser la guitare parler puisqu'elle se met en harmonie elle-même, comme le faisait Stephen Stills. La Ré La La Ré Ré, un doigt à la douzième case et ça part.


Tu as dû beaucoup travailler ton attaque, ton jeu sur la dynamique est particulièrement développé...
En fait, j'ai essayé de reproduire ce que faisait, par exemple, Stephen Stills. Je ne savais pas qu'on utilisait de grosses Martin repiqués avec micros à lampes et des compresseurs pour gommer l'attaque et procurer du sustain. Je me suis donc efforcé de reproduire l'effet manuellement. Et j'ai trouvé mon arme absolue, un médiator Dunop 88mm que je tiens à l'envers. Je joue avec le D de Dunlop et ça marche. En électrique, j'utilise aussi les compresseurs.


Tu joues aussi aux doigts... Sur l'album, il y a un instrumental en picking plutôt étrange, "Tea Time Frailin'"...
C'est un truc totalement à moi, j'avais envie d'utiliser la technique des roulements du banjo bluegrass, avec la basse en plus. Tu t'accordes en open, tu places des positions d'accord qui foutent le bordel et tu ne sais plus ce qui se passe. Surtout que la basse intervient un peu comme elle veut, comme la chanterelle des banjos 5 cordes. C'est une autre piste différente du picking à la Dadi, quelqu'un qui laissait croire que ce qu'il faisait était facile. J'ai beaucoup appris de sa période western swing, notamment des positions de jazz infernales mais très bien expliquées, comme toujours. Mon astuce a branché Jean-Félix Lalanne qui est venu faire la deuxième voie. Un truc super ardu qu'il avait entièrement écrit mais qu'il a dû entièrement revoir parce que je ne joue jamais la même chose !


Puisqu'on en est aux bizarreries, tu joues aussi sur une guitare-sitar solid body...
Je l'ai trouvée au Salon MusicMania. Moi qui ai horreur de me retrouver planté au milieu du microcosme guitaristique pour 20 minutes de Mi7 histoire de savoir qui joue le plus vite, j'y suis venu l'année dernière. Je rencontre Nicolas Petitbon qui exposait cette Jerry Jones et me dit "C'est pour toi". Je cherche toujours l'espèce de balalaïka bancale qu'un réfugié ukrainien aurait pu laisser en dépôt-vente il y a quatre ans. J'ai mis les mains dessus et j'ai pensé que le mec l'avait fait pour moi, avec des cordes sympathiques. On l'entend bien dans l'intro de "Jusque là", mais j'en ai mis dans pas mal de morceaux, avec des plans, à la Albert Lee, qui font qu'on ne la remarque pas. J'adore ce genre de truc, utiliser discrètement un instrument dans un contexte diffèrent, je fais de la musique pour me marrer.


Te marrer, c'est aussi t'offrir des instruments ?
La dernière fois que j'ai gagné de l'argent, je me suis fait Noël à Nashville. J'y ai été avec mon pote Christian Séguret et on s'est invité dans le show-room de George Gruhn (un des plus réputés vendeurs de vintages). Là, j'ai achété toutes les guitares dont j'avais envie en une fois, une Gibson J-200, une Stratocaster, un banjo Gibson Mastertone, mandoloncelle (grosse mandoline .ndr), un National de 1937, une Les Paul noire, comme celle de Fogerty. Je reste quand même fidèle à ma Martin en acoustique mais je voyage beaucoup et je ramène toujours des instruments. Comme cette espèce de couscoussière avec un manche de banjo 10 cordes fretless que j'ai achetée en Turquie. J'aime les sons bizarres, parfois pour la simple beauté du geste, parce qu'on croit souvent entendre quelque chose de plus connu, comme une douze-cordes accordée étrangement.


La beauté du geste, c'est ta façon de continuer le chemin ?
Si tu veux. Le succès, c'est déjà ne pas se faire jeter, et pouvoir refaire un album dans un monde pas spécialement généreux.

Auteur : Olivier GARCIA
Guitarist Magazine

 
01/03/2001 - Gildas Arzel
Guitare lyrique et rageuse, écriture mélodique, voix de brume et de granit, c'est Gildas Arzel. Un Breton de la diaspora, né en Alsace de parents brestois, qui a longtemps vadrouillé à travers le monde au hasard des boulots de papa.

Après "Les gens du voyage" (1991), "Entrer dans la danse" (1994) et "Gildas Arzel" (1997), ex-cofondateur de Canada, groupe qui marqua les années 80, remet ça avec "Autour de nous". Un album dans la veine des précédents, mais sensiblement plus acoustique. Gildas signe la plupart des textes et musiques, hormis un morceau ("Les voix du silences") co-écrit avec Gabriel Yacoub et deux autres avec Erick Benzi, un membre éminent de la "bande à Goldman" dont Arzel fait partie depuis une dizaine d'années.

Côté musiciens et production, les "Canada Brothers" et les "Goldman Brothers", comme il les appelle, sont d'ailleurs présents en force dans cet opus enregistré chez Gildas Arzel lui-même, dans la campagne du Loiret. Un disque proche dans l'esprit de ce que font un De Palmas ou un Daran mais véhiculant un univers très personnel de "pierres levées", témoignant de l'intérêt porté par l'auteur à l'ésotérisme et la spiritualité. Avec au passage, dans le réjouissant et décapant "Haré Meshnu", un bon coup de patte aux bourreurs de crânes.

"L'heure de s'aimer" est le premier titre choisi pour convaincre... mais il faut se laisser gagner par le climat généreux, de grand large, brillant, évident, un album dont on fredonne très vite chaque morceau. Avec polyphonies à la Malicorne, contrepoint de cornemuse ou de uillean pipe (Bruno Le Rouzic), échappée de violon cajun ou de banjo fugueur, programmations subtiles et guitares sensibles

Auteur : Jean Théfaine
URL : Chorus N° 34

 
01/02/2001 - Autour de nous
Autour de nous
(Kevin Organisation/Epic/Sony)

Gildas, avec Erik Benzi et Jacques Veneruso, avaient marqué les années 80 au sein du groupe Canada avec le tube Mourir les sirènes en 1988.
Depuis, que ce soit auprès de Goldman,d'Hallyday, de Dion, de Voisine, ou d'Anggun... les ex-Canada ont fait une belle carrière. Si Erik et Jacques aiment l'ombre, Gildas, le Breton d'Alsace, préfère les lumières.
Il a fait les premières parties de Goldman puis d'Hallyday avant de tourner seul (surtout en Bretagne). On le retrouve ici avec son troisième album solo (après Les gens du voyage en 1991 et Entrer dans la danse en 1994).
Comme toujours, l'ambiance est très celtique, cependant, J'avais a un vrai potentiel de tube de variété (mais qui se cache derrière le pseudo de B.Alter?). Le problème, c'est que si L'heure de s'aimer et Un jour ou l'autre (que Gildas signe seul) sont de bonnes chansons, plus on s'enfonce dans l'album, et plus l'atmosphère s'installe, plus on se demande où sont les singles...
Mais c'est peut-être ça aussi un album. Les arrangements sont signés de Gildas avec Chistophe Battaglia (le cousin de Benzi) qui a travaillé avec Leyla Doriane. A la guitare acoustique, on entend Jean-Félix Lalanne.
Espérons que quelques titres de cet opus permettront à ce Brave Heart de la forêt de Brocéliante de sortir de sa celtitude.

Auteur : A.B.
Platine

 
01/02/2001 - GILDAS ARZEL
Gildas Arzel voyage en solitaire... Né sous le signe de la rose des vents, ce Breton qui a vu le jour en Alsace a consacré une bonne partie de sa vie à bourlinguer. Du Moyent-Orient à la Réunion, en passant par l'Amérique du Nord, cet auteur, compositeur et fin guitariste a puisé son inspiration au gré de ses vagabondages. Le résultat : "Autour de nous", un quatrième album étonnant et riche de saveurs. Goût relevé des cornemuses et des flûtes irlandaises, arômes cajuns dans la voix, odeurs puissantes de la forêt et du grand air. Il y a quelque chose de Zaccharie Richard ou de Daniel Lanois chez Arzel, un je ne sais quoi de fort et de plaintif, un mélange de sentiments subtils et de mélodies brutes qui s'apparente à l'aquarelle. Invitation au voyage.
Auteur :
Virgin Megapress

 
01/01/1998 - Gildas Arzel
Ton dernier album date de 93. Qu'as-tu fait durant ces 4 ans ?

Pendant ces 4 ans, j'ai pas mal bossé pour d'autres. Avec Erick Benzi et Jean Jacques (Goldman ndr) j'ai fait l'album de Carole Fredericks. Avec mes ex-compagnons de Canada, on a fait l'album de Nanette Workmann, des chansons pour Michael Jones et pour Johnny Hallyday.

Cette collaboration que l'on retrouve avec Goldman, c'est venu comment ?

C'est venu très doucement. On s'est rencontré quand Canada marchait bien. Il nous a demandé de faire la première partie. Puis quand j'ai arrêté le groupe en 90, j'ai fait un premier album solo qui s'appelait "Les gens du voyage". Il m'a alors demandé de faire la tournée d'été avec lui, dans les arènes, c'était super. On s'est un petit peu apprivoisé comme ça, doucement. On s'est vraiment rencontré humainement sur l'album d'Halliday, puisqu'on y a bossé beaucoup ensemble. Vu qu'on s'entendait bien, qu'on se marrait bien et que ça ramait pour moi sur les deux premier albums, il m'a dit que s'il pouvait faire quelque chose, il était là, qu'on pouvait essayer de faire mieux. En fait, il considère que je fais de la musique vraiment pour moi, que je m'occupe pas de grand monde, et que lui a comme fonction par rapport à moi de tenir compte des gens, de leurs goûts, avec des conseils du style: "17 fois la cornemuse à cet endroit, c'est peut être beaucoup, et là tu mets pas assez de guitare".

Justement ne penses-tu pas que de travailler avec Erick Benzi et Jean Jacques, cela donne un son variété à la musique qui aurait peut-être mérité de sonner plus '"rock" ?

D'abord pour moi, la différenciation entre la variété et le rock, elle est pas nette, tu vois! C'est très flou. Je ne sais pas moi, il y a des morceaux de Peter Gabriel que je trouve variété et d'autre de... Dorothée qui pourraient sonner rock & roll, elle a bien joué avec Chuck Berry ! On peut parler d'attitude à ce moment là ... et de son. Le deuxième album avait un son assez brut. J'ai essayé de le produire comme ça. Celui-ci a un son un peu plus chaud mais ça va plus chercher dans l'ambiance folk que dans l'ambiance grande variété avec des... des... je ne sais pas d'ailleurs ! Maintenant la variété, ça n'existe plus vraiment. Je voudrais que tu me cites un nom et je te dirais si c'est de la variété.

Johnny Hallyday ?

Johnny Hallyday c'est de la variété ? ça dépend des chansons alors... C'est peut être aussi une question d'esprit, d'attitude ? Pour ça on ne peut rien faire. Je ne suis pas dans sa tête. S'il a envie de rouler en Lamborgini, c'est son problème. Maintenant si être rock & roll, c'est rouler en solex et la bourgeoisie, c'est la Lamborgini, il est bourgeois. Sauf que c'est un malentendu depuis le départ. Elvis Presley roulait pas en solex.

Elvis c'est peut-être aussi de la variété ?

Peut-être, mais là, je ne peux plus rien faire pour toi. Alors là, je le revendique, je fais vraiment de la variété.

Attends, faire de la variété ce n'est pas forcément péjoratif.

Quand Hallyday chantait "Outsi pitsi petit bikini" à l'époque c'était révolutionnaire, même si maintenant ça paraît désuet. A l'époque la variété c'était Luis Mariano. Moi je connais Johnny Hallyday en personne. Je suis monté plusieurs fois sur scène avec lui, et si c'est un artiste de variété, en tout cas il a l'air d'être répertorié en tant que tel, il y au moins des moments où il s'en écarte légèrement. En tout cas quand tu es entre ses deux retours, c'est pas l'impression que ça donne.

Retournons à ta musique. La musique celtique est très présente dans ton album et tu sembles être très influencé par des artistes comme Dan ar Braz ou Yacoub

Yacoub n'est pas celte. C'est avant tout un folkeux, dans le sens où il aime bien les racines. Comme moi. Dan Ar Braz, lui, je suis tombé dedans quand j'étais petit par Stivell interposé. J'avais écouté des albums solos dont un qui s'appelait "More", que j'ai depuis très très longtemps et qu'il vient de me renvoyer en CD depuis la Suisse, il n'y a pas longtemps. ça fait plaisir. Et dessus, il y avait un morceau qui s'appelait "Merci monsieur Stephen Stills", joué en open tunning, qui est absolument sidérant et ça m'a vraiment donné l'envie de jouer des trucs complètement à part, dans les open tunning par exemple, puis de connaître Stephen stills et des gens qui jouent un peu dans ce style là. J'ai donc développé un style acoustique dans ce genre là, avec des accordages à moi.

La musique celtique pour toi c'est juste des arrangements, une influence parmi d'autres, ou bien y-a-t'il une véritable revendication derrière ?

J'ai une revendication qui n'est pas politique mais qui est naturelle, qui est génétique, puisque je suis breton pur beurre. En plus, comme j'ai été trimballé à droite à gauche jusqu'à mes 16/17 ans, il y a forcément une unité qui se nidifie. C'est quelque chose d'assez fort. Mais je ne suis pas non plus complètement fermé, je n'écoute pas que ça, mais notamment des trucs avec lesquels j'ai grandi, comme le rock et le blues évidemment, les musiques ethniques des pays que j'ai habité. En fait, je faisais de la world musique sans le savoir. Mais j'ai plutôt élagué sur le dernier album pour faire un truc cohérent qui soit peut être plus simple à comprendre, avec un peu plus d'humilité, parce que les deux premier albums, avec des cornemuses sur les tablas pakistanais, sur fond de marshall saturé, je ne suis pas certain que... J'ai fait Sabatier à l'époque, il n'y a eu que les techniciens qui n'ont pas zappé.

Pour en revenir à ton album, c'est le troisième en solo. Les deux premiers n'ont pas très bien marché. Alors celui là, c'est quoi, celui de la dernière chance, ou juste un album de plus dans ta carrière ?

C'est ni un album de la dernière chance, ni un simple album de plus. Non, j'ai changé de maison de disque et je pars pour de nouvelles aventures. C'est un nouveau départ. C'est pour ça qu'il n'a pas de titre. Parce que les gens ne me connaissent pas, et que mon nom n'est déjà pas évident à retenir. Je suis reparti à zéro. J'ai dû manquer un peu d'humilité après Canada en pensant que Gildas Arzel, c'était acquis et qu'à partir de là je pouvais faire des titres. Mais pas du tout. Là, j'ai vraiment mis la barre assez haut au niveau de la compréhension. Donc un nouveau départ avec de nouvelles armes, comme une nouvelle maison de disque motivée. Il y avait longtemps que j'étais chez EMI. Il y a l'usure du temps comme pour les vieux couples et on s'est séparé très gentiment.

Des armes aussi comme Jean Jacques Goldman. C'est simplement une bonne caution ou un copain qui vient jouer pour se faire plaisir?

C'est les deux. C'est à la fois utile et à la fois vraiment agréable. Et puis ce n'est vraiment pas quelqu'un à qui on peut imposer quelque chose. Il fait ce qu'il veut.

Tu as fait beaucoup de premières parties

Pas mal du tout...

Et maintenant le public se déplace pour toi. Comment c'est passé le début de la tournée ?

Depuis le début de cette tournée, il se passe vraiment quelque chose, comme pour l'album. Il y a un accueil que je n'ai jamais eu jusque là. Ce n'est pas déterminant pour moi dans la mesure ou je ne vais pas mourir si ça ne marche pas. Mais c'est plus agréable, et mon but c'est quand même de tourner . Plus ça marche plus les gens viennent aux concerts, plus je tourne.

Tu préfères la scène au studio ?

J'ai fait beaucoup de studio et ça ne m'intéresse que moyennement. D'autant plus que je travaille avec des mecs comme Erick. C'est démotivant. Il va beaucoup trop vite pour moi. A la maison, j'ai juste le minimum. Ce sont les chansons qui m'intéressent, et puis après, les jouer en concert, avec le fait qu'elles changent tous les soirs. Tu prépares un truc dans ta chambre, puis les gens réagissent à un mot alors que tu ne l'avais pas prévu. Il y a toujours des surprises. Surtout sous cette formule là, avec un système semi-acoustique. Pas unplugged ! Il y a une batterie, mais la battede, c'est un set de congas avec une caisse claire. Et puis il a des violons, des cornemuses. C'est la première fois que je peux faire ça. Parce que pour des premières parties comme ZZtop ou Hallyday, il faut quand même envoyer le boulet. Ceux qui viennent ne sont pas des méchants, mais il ne viennent pas voir Rika Zaraï.

Auteur : Daniel Reyes
Rockstyle

 
01/01/1998 - GILDAS ARZEL
GILDAS ARZEL

Ame celte et coeur voyageur
Guitare lyrique et rageuse, voix de granit et de brume : Gildas Arzel est un artiste hors mode. Un surdoué de trente-six ans, plus timide qu'il n'y paraît, qui fit une première carrière avec le groupe Canada avant de se lancer en solo. Son nouvel album, le troisième (co-réalisé avec son ami Jean-Jacques Goldman) est celui de la maturité... Portrait d'un voyageur avec bagages.
Avec un peu de chance, ces dernières semaines, vous avez peut-être croisé Gildas Arzel en tournée française. Lui devant, avec sa longue chevelure de beatnick en perpétuelle partance, et, derrière, cinq musiciens unis comme les doigts de la main. Parmi eux, en retrait comme les autres, un certain Jean-Jacques Goldman, embarqué dans l'aventure par amitié et par admiration... Explication de Gildas "C'est en 1988 que l'on s'est connus. Il avait invité Canada en première partie de son spectacle. Depuis, on est restés très proches". Une histoire de copains soudée au fil de diverses collaborations, comme la réalisation de l'album Lorada de Johnny Hallyday sur lequel Arzel signe quatre titres. Arzel qui raconte: "Vu le respect que Jean-Jacques avait pour Johnny, j'ai accepté, mais j'écris pour les autres par accident. Je ne suis pas un faiseur", ajoute-t-il ; plutôt fier quand même des chansons qu'il a taillées sur mesure pour Florent Pagny, Roch Voisine, Nanette Workman, Carole Fredericks et Michael Jones.
Etonnant parcours que celui de Gildas Arzel, né en Alsace de parents brestois. Il rit: "Mon père, qui parle breton, est de Locmaria-Plouzané et ma mère de Saint-Pierre, un quartier de Brest. Le breton, hélas, je ne le comprends pas, à mon grand dam. Mais je suis un chanteur avec racines celtes". Des racines frottées à seize années de vadrouille en Syrie, au Pakistan et à la Réunion, dans le sillage de papa, qui travaillait dans les travaux publics.
Gildas Arzel a seize ans lorsqu'il retrouve la France et, dans la foulée, monte à Marseille en 1976 le groupe Canada. Une fameuse tranche de vie, marquée par un album qui marche plutôt bien, Sur les traces (1988, Columbia/EMI). Quelque part, cependant, l'artiste a envie d'avancer sur le chemin à visage découvert. C'est ainsi qu'en 1991, il publie sous son nom "Les Gens du voyage", un premier disque qui ne trouve pas son public. Pas découragé pour autant, il remet ça en 1994 avec "Entrer dans la danse", qui ne décolle pas lui non plus.

GUITAR HERO

A ses côtés pourtant, il y a déjà les ex-Canada, ainsi que Bruno Le Rouzic à la cornemuse et à l'ulliean pipe. Et puis aussi Gabriel Yacoub, dont Gildas assure que c'est "le plus grand chanteur du monde". Yacoub que l'on va retrouver sur le troisième opus (sorti cet automne), comme parolier et choriste du superbe titre "Ami âme amen". Un hommage du coeur, tout comme le morceau instrumental "Brazebeck" (grande gueule, en breton) qui ouvre l'album: "Une contraction de Dan ar Braz et de Jeff Beck, mes deux guitar heroes préférés", explique Gildas Arzel qui se souvient qu'au Pakistan, loin de la mer d'Iroise, il se repassait régulièrement " Merci monsieur Stephen Stills ", une composition de Dan, qui venait de quitter Stivell, figurant sur l'album du groupe Mor.
Bien qu'il ait appris - en autodidacte -, à jouer du violon, du banjo et de moult autres instruments, c'est bien la guitare qui demeure le moyen d'expression favori de Gildas Arzel : "J'en ai une trentaine, dont deux Martin. De Nashville, j'ai ramené des merveilles, dont un dobro. Hormis Dan ar Braz et Jeff Beck, mes guitaristes de référence sont David Gilmour, du Pink Floyd, et Richie Blackmore, de Deep Purple. Et puis, bien sûr, John Fogerty, de Creedence Clearwater Revival ".
Bref silence rêveur: " Si j'avais pu être guitariste derrière Fogerty, je n'aurais pas bougé. Lui non plus, d'ailleurs, s'il avait pu être guitariste derrière Little Richard! Une fois, j'ai eu l'occasion de l'approcher. je n'ai pas osé ".

AU COEUR DES PIERRES LEVÉES

"Le succès, il faut vraiment le vouloir pour l'avoir ", déclare Gildas. Une façon de faire comprendre que lui ne court pas après. Du moins pas à n'importe quel prix: "J'ai choisi de prendre mon temps. D'autant plus facilement, du reste, qu'on me le donne, ce qui me permet de vivre". Une vie redevenue urbaine et parisienne, après un long séjour paisible à quelques encablures de la capitale : " En pleine campagne. C'était betteraves'rock city ! ". Même si l'électricité tendue de Led Zeppelin fait partie du terreau nourricier de Gildas Arzel, il y a toujours en effet, chez lui, un contrepoint de songes éveillés courant sur la lande : le folk celtique et l'univers d'une formation comme Jethro Tull, "une influence majeure". Et puis aussi, côté littérature, des auteurs qui s'appellent Tolkien et Jules Verne. Des explorateurs d'imaginaire, dont les ombres familières hantent un refrain comme celui-ci : "Emporte-moi, protège-moi / Au coeur des pierres levées millénaires / Emporte-moi, abrite-moi/Au coeur des pierres levées de nos pères". "Au coeur des pierres levées", le titre-phare de l'album de Gildas Arzel, où pourrait figurer en exergue cette autre phrase clé : "Contre les vents qui tournent / Mon point de référence / Est toujours à l'ouest, et rien ne détourne / Ce premier réflexe d'urgence".
L'Irlandais Roty Gallagher, rebelle disparu à la chevelure indisciplinée, au phrasé de guitare unique, à la voix de nuits blanches et au coeur "gros comme ça", aurait sans doute aimé croiser le fer avec Gildas Arzel, le Breton sans frontières. Dan ar Braz, qui l'a fait plusieurs fois, racontera peut-être à ce dernier qu'avec son feeling et ses mots au long cours, il fait naturellement partie de la famille.

Auteur : Jean THÉFAINE
URL : Chorus

 
01/12/1997 - GILDAS ARZEL Eponyme (Kevin Organisation / Epic / Sony Music)
GILDAS ARZEL Eponyme (Kevin Organisation / Epic / Sony Music)

Après deux albums plutôt passés inaperçus (Les Gens du voyage en 1991, Entrer dans la danse chez EMI en 1994), l'alter ego d'Erick Benzi et ex-leader du groupe Canada (cf. Mourir les sirènes) s'est attiré les grâces de Goldman comme réalisateur de sa nouvelle aventure en solitaire. A entendre ce dernier, que l'on sait si intransigeant et plutôt avare de compliments, dire de lui : "Il m'émeut à chaque note, à chaque mot", on ne peut qu'avoir envie d'aller vérifier la véracité de telles louanges. Si plusieurs titres figuraient déjà sur le précédent Opus (Avant de t'aimer, Comme ça tu sais, Et tes yeux bleus), force est de constater que l'univers musical d'Arzel s'est effectivement affiné et enrichi. Tant sur le plan des mélodies amples, pleines d'énergie, et fortement empreintes de ses origines celtes (à grands renforts de cornemuses) que sur celui des textes, sombres reflets bleus-noirs de son extrême sensibilité. Même si en bon ours breton mal léché, ce Gildas là se complaît à la dissimuler sous des dehors sauvages et secrets. L'ensemble s'impose finalement comme une double consécration : celle d'un auteur-compositeur personnel et authentique, et celle d'un producteur décidément inspiré et attentif.

Auteur : E. C.
Platine

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