L'homme de l'ombre

Vous l'avez peut-être croisé, sans le savoir.
Vous ne risquiez pas de le reconnaître et pourtant, vous venez de rencontrer l'un des meilleurs guitaristes de notre pays.
Plus discret que lui, c'est difficile ! Loin du show-business et des sunlights, Gildas ARZEL mène sa carrière comme il l'entend, sans concession, sans s'occuper des modes, des top 50 et autres hit-parade.

Il est simplement un très grand musicien dont la timide carrière reflète mal l'immense talent.
 
L'enfance

C'est en Alsace que naît Gildas ARZEL le 21 Janvier 1961. Pourtant, il se définit lui-même comme "breton pur beurre". Il revendique haut et fort ses origines ( son père est de Locmaria-Plouzané et sa mère du quartier Saint-Pierre de Brest ), bien que lui-même à son grand regret ne comprenne pas le breton.

Ses racines celtes, Gildas y est particulièrement attaché. Elles sont une sorte de point de repère pour lui, qui va en effet passer les premières années de sa vie à suivre ses parents à l'étranger ( son père travaille alors dans les travaux publics ). Il habitera successivement en Syrie, au Pakistan , à la Réunion.
C'est au Pakistan qu'il se familiarise avec les premiers instruments à cordes, et en particulier la guitare.
Il gardera de ses voyages une certaine mélancolie, qui transparaîtra en particulier dans son premier album solo.

Avec son frère Gwenn , de presque 3 ans son aîné, il débute la guitare électrique, tout en s'imprégnant des musiques ethniques des pays où il séjourne. Leur enfance sera bercée par les musiques de Alan STIVELL et les solo guitares de Dan Ar Braz. Il avoue "être tombé dedans quand il était petit".
 
Le retour en France

En 1976, c'est le retour en France et l'installation dans la cité Phocéenne. Gwenn décide de prendre des cours de batterie à l'école Agostino, pendant que Gildas joue du blues, du folk et du rock. C'est là qu'ils vont rencontrer Jacques VENERUSO ( guitare ) et Erick BENZI le seul véritable marseillais du groupe ( percussions, clavier, saxophone ), et Robert PRUD'HOMME avec qui ils fondent le groupe Alenda.

Après avoir joué ensemble pendant près de 6 ans à Marseille, ils décident de tenter leur chance dans la capitale sous le nom de Canada.

Ils finissent par signer un contrat avec EMI, et sortent leur premier 45 Tours
"Les yeux dans les yeux"
en 1984. Paroles et musique de Gildas pour le premier titre, et Erick pour le second. Le single va passer complètement inaperçu.

Que cela ne tienne, ils récidivent, avec le même piètre résultat avec leur 2ème 45 Tours en 1985
"Touché au coeur"
. Cette fois, les chansons sont signées CANADA, comme d'ailleurs tous les titres qui suivront.
 
La reconnaissance

Mais leur persévérance va finir par payer.
En 1986, il présentent à leur maison de disques un nouveau titre, une balade, "Mourir les sirènes". Rien à voir avec les titres précédents ; une vraie balade chantée par un Gildas à la voix éraillée époustouflante, pour une chanson complètement anachronique. Pensez : une fin de morceau de près d'une minute trente à la cornemuse. La cornemuse, c'est bien évidemment l'idée de Gildas. Ses racines commencent à faire surface.

Tout le monde s'oppose à ce titre. "La cornemuse, c'est ringard ! Ca marchera jamais !". CANADA n'en démord pas; ce sera avec les cornemuses, sinon rien. La bataille dure près d'un an, mais leur entêtement finit par leur donner raison. Le 3ème 45 Tours "Mourir les sirènes" sort enfin, et le 25 janvier 1987, c'est l'entrée au TOP 50 en 48ème position.
"Mourir les sirènes" restera classé dans les 50 meilleures ventes de 45 tours pendant 14 semaines, avec comme meilleur classement la 27ème place. En définitive, le titre se classera 105ème des meilleures ventes sur l'année 1987.

C'est le succès ! Un succès que Gildas a un peu de mal à assumer. Lui qui comme le dit si bien Jean-Jacques GOLDMAN est un "dangereux intégriste en musique" va se retrouver catalogué parmi les "chanteurs à minettes".

Dans le même temps, Gildas et Erick participent à un 45 Tours "Slow Love" du duo français DIE FORM (mélange de musique électro-industrielle, gothique et techno)

En 1987, CANADA sort deux nouveaux 45 Tours qui précèdent leur premier et seul album. Le premier
"Un bout de ciel"
puis "Le loup s'endort".
 
La fin de Canada ?

Entre la sortie des deux 45 Tours, s'est créée la société d'édition et de production " Kevin Organisation " managée par Roland BENZI, le frère de Erick.

En 1988, sort enfin l'album de CANADA "Sur les traces", album de dix titres qui curieusement ne reprend pas le succès "Mourir les sirènes" (sauf sur la version CD éditée à très peu d'exemplaires). Sort dans le même temps un autre 45 Tours extrait de l'album : "Angélina".

C'est également à cette date que naît l'amitié qui va lier Gildas, Erick et Jacques à Jean-Jacques GOLDMAN. En effet, celui-ci invite CANADA lors d'un Studio 22 sur RTL. Il les fait venir pendant certaines de ses répétitions et décide de leur confier la première partie de ses concerts pour la tournée 1988. Vous trouverez d'ailleurs de nombreuses photos de cette tournée dans la partie photos de ce site.

Gildas dans le même temps collabore (guitares et choeurs) à l'album de Charlélie COUTURE "Solo Girls".

Il participe de nouveau avec Erick à un single de DIE FORM "Poupée mécanique".

En 1989, sort le dernier single mythique de CANADA "Ne m'oublie pas". Une sorte d'adieu puisque le groupe a décidé de se séparer, ce qu'il fait en 1990. Ce single sera malheureusement très peu distribué.

Quand on interroge Gildas sur les motifs de cette séparation, il répond laconiquement "Nous étions trop de chefs indiens pour la petite tribu que nous étions". Ce qui, en français dans le texte, signifie que trois compositeurs de talent , avec des aspirations différentes voire opposées, dans un même groupe, cela était un peu excessif. Alors, autant se séparer en bons amis. C'est ce que font les membres de CANADA.

Cette même année sort l'album de DIE FORM "Poupée mécanique" reprenant les titres des 2 singles auxquels ont participé Erick et Gildas.
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